Reportage publié le 23 mai 2022

A la découverte de la Tanzanie

Texte de David Zimmermann / Photo(s) de David Zimmermann

Vous avez peut-être un pote sportif qui a partagé des selfies de son sommet du Kilimandjaro, un couple d’amis qui vous a fait rêver avec une carte postale de leur lune de miel sur les plages immaculées de Zanzibar ou encore ces voisins bobos qui sont partis en safari photo dans la réserve de Serengeti? 

Si je vous dis qu’il est possible de découvrir ce magnifique pays au guidon d’une moto, passer là où aucun circuit touristique ne s’arrête pour vivre l’expérience la plus authentique possible, mais sans pour autant faire l’impasse sur les attractions incontournables du pays, ça vous dit d’en savoir plus?

Ma période de longs voyages étant désormais en hiatus prolongé, j’étais à la recherche d’une destination originale pour un voyage d’une ou deux semaines et c’est assez spontanément, après quelques échanges de mails avec Guy de Motobirds, que je me décide pour ce pays dont je ne connais pour ainsi dire rien et surtout à participer pour la première fois à un voyage organisé. 

Rencontre avec le groupe

Après un long vol avec escale à Doah, j'atterris à l’aéroport de Kilimandjaro et le soir même, je fais connaissance avec le reste du groupe. Nous sommes sept; Grzegorz, Pavel, Roman, Artur et Kasia, tous Polonais, et Paul, un Américain qui vient de San Francisco. 

Guy et Ola, les organisateurs, sont accompagnés par trois locaux; Moi et Kalifa, deux motards mécanos qui connaissent comme leur poche les régions qu’on visite et Tito qui transporte tous nos bagages dans sa Land Cruiser et officie également comme guide sur les Safaris. 

On prend de l’altitude chez les Chaggas

Dès l’instant où l’on quitte le centre d’Arusha, ville de départ de notre périple, les routes goudronnées laissent place à des pistes de terre, pour notre plus grand plaisir. Cette première journée, c’est l’occasion de prendre en main les petites Honda CRF 250L de location. Elles ne sont plus très fraîches, les suspensions sont aussi molles que du beurre au soleil et de l’ABS il ne reste que le témoin lumineux, mais elles font le job et nous amèneront tous à bon port. 

Dans cette région montagneuse principalement peuplée par la tribu des Chaggas, la majorité de la population pratique l’agriculture de subsistance. Cultures de riz en terrasse, de café, de banane, d’ananas et j’en passe. On se retrouve sur de petites pistes qui serpentent des collines verdoyantes et vallonnées, à milles lieues de l’image que je m’étais faite de l’Afrique. On pourrait presque se croire en Asie du sud-est par moments.

On attire la curiosité des enfants partout où l’on passe. Ils jaillissent de tous les coins en nous courant après avec un enthousiasme qui fait chaud au cœur. Ils ne doivent définitivement pas voir souvent des touristes ici, et encore moins des motards casqués qui roulent bardés de protection sur des « grosses » 250. Il faut dire qu’en Tanzanie personne ne porte de casque et que les motos sont toutes des petites cylindrées chinoises.

En ce mois de mars, la température est relativement agréable lorsque l’on reste au-dessus des 1’500 mètres, mais elle atteint rapidement les 40 °C en plaine. A Marangu, on visite une plantation de café organique où l’on apprend à moudre ses grains en chantant Hakuna Matata avant de le déguster et de mettre les voiles à destination du parc national Mkomazi. 

Le Mkomazi abrite des centaines d’espèces sur plus de 3’000 km2 et est tout particulièrement connu comme étant une réserve protégée pour les rhinocéros, race quasiment décimée par le braconnage intensif que le pays a connu durant des décennies. On embarque tous dans la jeep de Tito, notre guide, les motos n’étant pas autorisées dans les parcs pour des raisons de sécurité. On y voit nos premiers Baobabs, nos premières girafes et, cerise sur le gâteau, un couple de rhinos. 

En tenant compte des pauses clopes, des pauses photos, des pauses déjeuners, des chutes, des crevaisons et autres imprévus, les étapes durent entre 6 à 8 heures pour une moyenne journalière de 200 km.

Une partie du groupe est expérimentée et d’autres sont de parfaits novices en tout-terrain. Du coup, il n’est pas simple de trouver un rythme qui convienne à tous. Le second jour, Guy décide de scinder le groupe en deux histoire que chacun puisse rouler à son rythme. C’est particulièrement difficile pour Paul.

Fraîchement retraité, il vient de passer son permis moto et possède à son actif moins de 500 km d’expérience! Il est tombé après moins de 20 km et s’est blessé au pouce. Au fil des jours, il est passé par-dessus le guidon, a laissé tomber sa moto à bien des reprises, a transformé son radiateur en accordéon, plié le guidon et j’en passe. Pourtant, il n’a jamais baissé les bras et est toujours reparti sans se plaindre et avec un optimisme inébranlable. Paul est clairement celui qui a le plus profité de ce voyage. En 2’000km, son niveau a drastiquement progressé.

Des montagnes de Lushoto à l’océan Indien

Un des moments les plus mémorables de cette première partie du voyage a été l’arrivée dans le petit village de Mambo situé à 1’900 mètres d’altitude. Après une longue ascension sur une piste abrupte, nous atteignons le sommet d’une montagne sur laquelle se trouve un charmant hôtel dont les chambres sont de petits bungalows en bois avec une vue à couper le souffle sur la vallée. Le genre d’endroit où l’on resterait volontiers quelques jours à lire un bouquin sur la petite terrasse  et à profiter de ce cadre magnifique.

Après une journée haute en couleurs dans les haut-plateaux de la région de Lushoto, l’étape suivante se termine au bord d’un petit lac perdu au milieu d’une forêt, à plusieurs kilomètres du village voisin. Ici, pas de signal téléphonique ni de wifi. Nous héritons chacun d’une petite cabane sur pilotis avec balcon et salle de bain avec eau chaude et toilettes. 

Les repas du soir se font généralement dans un bâtiment principal ou dans ce cas, sous un couvert en bambou.  Poulet, riz, patates et légumes c’est plus ou moins le même menu tous les soirs.  Pour la première fois, je goûte la spécialité locale: une bière à base de banane. C’est très sucré et ma fois, assez bon. La nuit bercée au son des grillons fut fantastique.

La dernière étape avant d’atteindre l’océan indien est relativement longue et monotone. Paul qui a eu son lot de sensations fortes ces derniers jours décide de faire cet étape en tant que passager dans la jeep et c’est Ola, pas fâchée de troquer son siège, qui prend sa moto.

L’arrivée à Pangani, au bord de l’océan indien est inoubliable. Il n’y a, pour ainsi dire que ce petit hôtel composé de bungalows et d’un bâtiment principal, entièrement fabriqués avec des matériaux locaux, principalement du bois de palmier. Il n’y a pas d’autres touristes et la plage est vierge sur des kilomètres dans les deux directions. C’est ici qu’on va passer notre journée de repos, autant vous dire qu’on est tous aux anges. 

Le proprio, un architecte canadien à la retraite, y est arrivé il y une vingtaine d'années. Il a passé la nuit dans son 4x4 sur cette plage, a acheté le terrain pour y construire son hôtel et n’est jamais reparti. On profite de se baigner, de rouler à moto sur la plage déserte et surtout, on mange comme des rois, c’était clairement nos meilleurs repas du voyage.

Les steppes Massai

Bien requinqués après cette journée de repos, nous repartons vers l’intérieur des terres en direction du lac Burunge. Deux étapes seront nécessaires pour y arriver, dont la plus longue du voyage avec 390 km. On traverse les steppes Massaïs, une région très aride peuplée par la tribu du même nom. Partiellement nomades, ils vivent principalement de l’élevage de bétail et de la culture de maïs et d’haricots. Leur conditions de vie semblent encore plus dures que celles des Chaggas.

Le thermomètre dépasse les 40°C et la journée est longue, mais heureusement les pistes sont assez faciles. Changement complet de décor pour le lendemain où l’on découvre une savane à la végétation verdoyante. Au bord de la piste, on y voit des zèbres, des gnous, des buffles et d’autres animaux sauvages en liberté. 

Safari au Manyara National Park et dans le cratère du Gnorongoro

En atteignant les rives du lac Burunge, notre voyage prend une tournure de safari. On troque nos bottes de cross et nos casques contre des shorts et des casquettes. Notre guide Tito nous emmène au volant de sa Landcruiser pour une journée dans le Manyara National Park, célèbre pour ses lions qui grimpent aux arbres. On voit de nombreux babouins, des girafes, des antilopes mais ce n’est qu'en fin de journée que l’on tombe enfin sur un éléphant et sur quelques lions qui se reposent sur les branches d’un arbre. On rencontre aussi pour la première fois du voyage une espèce qu’on avait pas vu depuis un moment; les touristes! Ils ne sont toutefois pas nombreux et on ne compte qu’une poignée de jeeps sur la journée. La Tanzanie évite le tourisme de masse dont est victime le Kenya avec des tarifs relativement élevés et les affaires n’ont pas encore repris le niveau d’avant la pandémie.

Niveau safari, le meilleur nous attend pour la fin. Après une petite journée de moto, nous atteignons l’aire de conservation du Ngorongoro, joyau touristique du pays. Le cratère de cet ancien volcan mesurant 20 km de diamètre et profond de 600 mètres est reconnu comme étant l’endroit possédant la densité d’animaux la plus élevée au monde.

Outre les zèbres, gnous et gazelles que l’on peut voir par centaines et dont on est déjà blasé, on a la chance de voir des lionnes, un lion à moins de cinq mètres de la voiture, des hippos, des éléphants, des flamants roses, des vautours et des hyènes… S’il n’y avait qu’un seul parc à visiter en Tanzanie, c’est vraiment celui-ci. 

La dernière étape nous ramène au point de départ. En route, nous avons deux rivières à traverser qui laisseront certains d’entre nous, moi y-compris, avec de l’eau au fond des bottes…

L'arrivée à Arusha, c’est également le retour à la civilisation et la réalité d’une ville africaine grouillant de monde et d'activités comme nous n’en avons pas vu depuis 2 semaines. 

C’est avec un petit pincement au cœur qu’on fait nos aurevoirs à nos guides, Moi, Kalifa et Tito, des gars en or qui nous ont permis de vivre cette expérience de la façon la plus authentique possible.

Après avoir partagé le quotidien de tout ce petit monde durant 15 jours, j’ai l’impression de quitter des amis le lendemain dans le terminal de l’aéroport. Je ne serais pas étonné que nos routes se recroisent à un moment ou un autre dans le futur. Plusieurs d’entre eux sont déjà partis avec Guy et Ola sur d’autres destinations, et des discussions sont déjà en cours pour un potentiel prochain voyage en Amérique du Sud…

J’en profite pour remercier chaleureusement Guy et Ola non seulement pour le fantastique voyage qu’ils ont créé, mais également pour leur enthousiasme et leur disponibilité.

A qui s’adresse ce type de voyage?

Étant habitué à organiser moi-même mes voyages, j'avais, un peu par fierté peut-être, quelques réticences à participer à un voyage organisé. Je me suis trouvé dans une situation où je n’avais ni l’envie ni le temps d’organiser un voyage par moi-même. Et soyons franc, jamais je ne serais parti seul en Tanzanie. 

Même si les journées restent longues et parfois dures, j'ai trouvé tellement reposant de ne me soucier d’aucun détail logistique et de me concentrer uniquement sur le plaisir de conduire. 

Il est clair qu’il y a des désavantages à voyager en groupe. On ne roule pas forcément au même rythme que les autres, on a pas envie de s’arrêter pour les poses clopes ou alors on souhaiterait prendre plus de temps pour les photos alors que le reste du groupe veut partir…  

Par contre, et ça c’est clairement un avantage conséquent, en amont d’un tel voyage, on a une équipe qui a investi beaucoup d’énergie et de temps pour choisir les routes les plus intéressantes et les attractions et les hébergements les plus sympas possible. Quand on a que peu de temps à disposition, c’est finalement le meilleur moyen de s’assurer d’en voir et d’en vivre un un maximum. 

Avec autant d’accompagnants, il est également facile de scinder le groupe en deux sur certaines étapes, et proposer un itinéraire plus facile à ceux qui sont en difficulté. C’est ce qui a été fait sur certaines étapes où Guy est resté avec Paul et Roman, alors que le reste du groupe est parti avec Moi et Khalifa. 

Informations pratiques

Les compagnies proposant des voyages à moto en Tanzanie se comptent sur les doigts d’une main amputée de quelques doigts. Motobirds tire son épingle du jeu en proposant un voyage plus long et définitivement plus orienté tout-terrain que ses concurrents, le tout pour un tarif inférieur.

Sachez qu’il y a encore 3 voyages en Tanzanie prévus en octobre et novembre 2022 dont un voyage uniquement réservé aux femmes.Les prochains voyages devraient se faire avec des KTM EXC 250 et 350.

Vous trouverez toutes les informations sur ce voyage ainsi que sur les autres destinations proposés par Motobirds sur leur site.

Tarif

Le voyage de 15 jours coûte 2’800 euro auquel il faut ajouter le vol (environ 600 euro), les entrées dans les parcs nationaux (environ 500 euro), les repas de midi, l'alcool et l’essence. Comptez grosso modo 4’200 euro tout compris. Rajoutez 500 euro si vous buvez comme un Polonais!

David
AcidTracks 2019 - Organisation de sorties pistes

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